Dossier A/05

Sémiologie · photographie · point de vue

La Tour Eiffel

Roland Barthes analyse un objet que tout le monde reconnaît et qu’il devient, précisément pour cette raison, difficile de voir.

Roland Barthes · André MartinLe signe et le regardComposition originale — pas la couverture
TexteRoland Barthes
PhotographiesAndré Martin
ÉditeurPoints · 2024
FormatBroché · 127 p.
EAN / ISBN979-10-414-1478-9

Voir ce que l’évidence cache.

La Tour est partout : affiches, manuels, souvenirs, films et logos. Cette omniprésence pourrait rendre tout nouveau livre redondant. Roland Barthes prend le problème à l’envers. Ce qui l’intéresse n’est pas d’ajouter une description mais de comprendre comment un édifice devient un signe capable de dire Paris, la France, le voyage et la modernité en une seule silhouette.

Le texte a été publié initialement en 1964 avec les photographies d’André Martin. L’édition Points de 2024 le remet en circulation dans un volume presque carré, illustré en noir et blanc. Cette histoire éditoriale importe : le lecteur contemporain reçoit un regard des années soixante sur un monument de 1889. Il peut observer ce qui demeure juste, ce qui semble daté et ce que la saturation actuelle des images a encore amplifié.

Regarder et être regardé.

Barthes s’intéresse à la réversibilité du point de vue. Depuis Paris, on voit la Tour ; depuis la Tour, on lit Paris comme une carte. Le monument est à la fois objet regardé et instrument de vision. Cette idée éloigne le livre du guide touristique. L’ascension ne vaut pas seulement pour la hauteur ou le panorama, mais pour la manière dont elle organise mentalement la ville.

La Tour est moins une chose à expliquer qu’une machine à produire des positions : loin, près, dessus, dessous.

L’essai procède par associations et déplacements plus que par démonstration historique exhaustive. Son langage demande parfois une lecture lente. Il récompense le lecteur qui accepte de relire une phrase et de laisser une image visuelle répondre à une idée abstraite.

André Martin, pas simple illustrateur.

Les photographies en noir et blanc ne servent pas uniquement à prouver que le monument existe. Elles cadrent la structure, les distances et les détails. Leur contraste fait apparaître la dentelle de fer comme une écriture. Le dialogue avec le texte construit un livre double : l’essayiste propose des relations, le photographe les complique par des points de vue.

Le nouveau format de 127 pages est plus compact que l’édition Seuil de 2011. Il se transporte facilement, mais il offre moins d’ampleur qu’un grand beau livre. Ce compromis correspond bien à une lecture attentive qui reste accessible sans devenir une pièce de collection encombrante.

Ce n’est pas une histoire complète.

Le volume comprend une chronologie et une fiche technique, mais sa valeur principale n’est pas documentaire. Celui qui cherche le détail du chantier, la carrière complète d’Eiffel ou une actualisation des transformations récentes devra le compléter. Le texte suppose aussi un goût pour l’essai : sa densité peut sembler disproportionnée à sa brièveté.

L’identifiant commence par 979 et certains catalogues affichent aussi un numéro de dix chiffres pour la vente. Il faut vérifier la nouvelle édition Points, sa date du 28 juin 2024 et l’EAN 9791041414789 avant achat. Les éditions antérieures de 1989 et 2011 ont d’autres ISBN, dimensions et prix.

À choisir si…

  • vous aimez les essais courts mais denses ;
  • la relation entre architecture, symbole et photographie vous intéresse ;
  • vous voulez apprendre à regarder plutôt qu’accumuler des faits.

Moins adapté à une recherche technique exhaustive ou à une initiation jeunesse.

Édition Points 2024

14,90 € prix éditeur observé ; prix Amazon.fr à vérifier.

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Sources consultées le 19 août 2026 : Éditions Points, BnF, Fnac et Médiathèques de Strasbourg.